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Monde

Le “Monde de Trump”, un éloge du président américain par D. Godefridi

Drieu Godefridi bonjour, vous sortez ce jour “Le monde de Trump”, synthèse des deux premières années de mandat du président américain. On a le sentiment, vous lisant, que vous considérez le président américain comme une sorte de héros. N’est-ce pas excessif ?

Qu’est-ce qu’un héros ? On peut faire de la poésie, récrire l’Ilyade, mais autant s’en tenir à des facteurs objectifs : en termes de réalisations objectives, Trump est le président américain le plus “effectif” de l’histoire politique moderne.

Pourtant, son style ne fait guère l’unanimité…

Le style ? Que nous importe le style ? Travaillez-vous pour Vanity Fair ou Cosmopolitan ?

Le style n’est-il pas, dans nos démocraties, partie intégrante de la gouvernance ?

Puisque vous y tenez, parlons de style et prenons un bel exemple historique : Churchill. Churchill était un ivrogne qui déambulait les trois quarts du temps, y compris à Downing Street, dans une espèce de salopette à tirette frontale de sa conception, se montrait volontiers exécrable avec son entourage, père atroce, dormant des heures durant en pleine journée tandis que les armées du Reich envahissaient le monde, s’endormant pendant des réunions ministérielles et bavant quand il avait trop bu. Voilà pour le style ! Ce qui n’a pas empêché l’immense Monsieur Churchill de dominer de sa stature visionnaire, volontariste et truculente la plus belle part du XXe siècle, réduisant les questions de son “style” aux notes infrapaginales qu’elles méritent. En comparaison de Churchill, Trump est un type plutôt sobre, au propre comme au figuré.

Quelles sont ces réalisations qui feraient de Trump “le président américain le plus “effectif” de l’histoire politique moderne” ?

Vous abandonnez les questions de “style” au moment précis où elles deviennent intéressantes. Le style de Trump, pour la partie qui nous intéresse, c’est la capacité de s’abstraire intégralement des modes et idéologies dominantes. C’est un aspect crucial du personnage, et fondamental à son intelligence. Aucune des révolutions — évolutions radicales — menées depuis deux ans au sommet du gouvernement américain ne pouvait se concevoir sans cette capacité d’abstraction.

Au fond, quelles réalisations ?

Deux exemples. Avec la sortie du pacte de Marrakech et de l’Accord de Paris, Trump “tue” la colonisation de nos démocraties par le moyen du droit international. Depuis 20 ans, se multiplient toutes sortes de normes internationales qui brident et briment d’autant mieux nos démocraties qu’elles s’imposent — primauté du droit international — aux représentativités nationales. On parle de “nationalisme”. J’y vois plutôt une contre-attaque face aux ambitions mortifères d’une normativité internationale radicalement anti-démocratique, et souvent très extrémiste dans son inspiration (open borders, écologisme). Exemple deux : la Chine. Trump a compris que la Chine puise les moyens de son ambition d’hégémonie mondiale revendiquée dans ses ventes sur le territoire américain : il rééquilibre les termes de l’échange. Ce qui garantit la continuation de la domination américaine pour les décennies à venir. On peut multiplier les exemples : lisez le livre ! Voici une présidence historique à n’en pas douter !

Quelles sont les conséquences de cette présidence pour l’Europe ?

L’Union européenne est moribonde. Trump l’exècre parce qu’il la perçoit comme anti-démocratique, protectionniste aux dépens des intérêts américains — ce qu’est l’UE, bien plus que ne les sont les Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe ! — nuisible dans les domaine de l’écologie et de l’immigration, prétentieuse, verbeuse et s’opposant aux Etats-Unis sur la plupart des dossiers internationaux (tel l’Iran). Depuis deux ans, par l’effet conjugué de son affaissement interne et de la pression trumpienne, l’UE part en vrille. Ensuite, l’OTAN. Je suis incapable de prévoir si les EU en sortiront — mais le simple fait que la question se pose est terriblement révélateur. Quoi qu’il en soit, les pays européens n’ont d’autres choix que de réduire massivement leurs folles dépenses “sociales” pour réinvestir tout aussi massivement dans leurs moyens militaires, car dans ou hors l’OTAN les Européens vont devoir réapprendre à assumer leurs responsabilités.

À propos de Trump, Philippe Paquet écrivait que…

Je vous remercie.

“Le monde de trump”, Texquis, 10 janvier 2019 : site web


PEETERS BAUDOUIN
Editeur responsable