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Opinion

Attention à l'indigestion climatique

La lutte contre le réchauffement climatique est un des enjeux majeurs de ce siècle. Mais il y a quelque chose de singulier voire de pathétique à voir partis politiques, syndicats, mutuelles, ONG, médias, courir, surtout au sud du pays, après ce nouveau Graal. Car en terme d’émissions de gaz à effet de serre, la Wallonie-Bruxelles, c’est peanuts.

 

Ecoliers et étudiants qui sèchent les cours le jeudi, avec la bénédiction de leurs parents, professeurs et directions d’école (et même le bourgmestre de Louvain). Partis politiques francophones qui signent d’une seule main la loi Climat pour séduire les premiers qui voteront pour la première fois en mai. Universités, ONG, entrepreneurs, grandes entreprises, médias (dont Roularta) qui proposent de s’engager pour le climat via signformyfuture.be dont l’objectif est la neutralité carbone de notre pays en 2050 et la mise sur pied d’un Conseil climat…

La Belgique, francophone surtout, est frappée par le syndrome climatique. Pour le moins.

Au nord du pays, moins mobilisé, la tension est quand même à son comble puisque la ministre flamande de l’Environnement, Joke Schauvliege (CD&V), inondée de milliers de courriels, a déclaré devant le Boeren Bond, avant de se rétracter piteusement, que les manifestations dominicales et étudiantes pour le Climat étaient noyautées par des organisations environnementales afin de faire payer le CD&V pour son soutien aux grandes manifestations agricoles ayant fait chuter jadis la ministre Agalev/Groen Vera Dua.

DIVISION LINGUISTIQUE

La loi Climat, conceptualisée par divers professeurs d’université, divise assez nettement l'échiquier politique entre francophones et néerlandophones, ressort-il lundi du débat pré-électoral entre présidents de partis organisé par la FEB. « Côté francophone, les représentants du cdH, le MR, le PS et DéFI se sont prononcés, comme les Verts, initiateurs du dépôt d'un texte dans ce sens, en faveur d'une initiative parlementaire rapide. Côté néerlandophone, seul le sp.a est prêt, comme Groen, à avancer dans cette direction. »

Prurit climatique ? Buzz ? Emballement ? Hystérie ?

Ce qui est sûr c’est que, une nouvelle fois, notre fédération perd ses nerfs.

Car face à cette mobilisation, trois écueils majeurs surgissent immédiatement à l’esprit :

1/qui va payer la facture de ces objectifs climatiques ambitieux ?

2/quelle influence avons-nous par rapport aux pays-continents pollueurs (Etats-Unis, Chine, Inde, Russie, Brésil…) dont les considérations pour le Climat sont pour le moins secondaires ?

3/Quelle place pour le progrès technologique et l’innovation qui contribueront à l’avenir à apporter une part substantielle (si pas essentielle) de la solution ?

Céline Tellier, porte-parole de Sign My Future (et par ailleurs directrice politique d’Inter-Environnement Wallonie) a le mérite de la modestie : « Nous ne faisons aucune prescription sur les moyens d'y parvenir. Notre initiative ne repose sur aucune orientation politique partisane. »

Sur le premier point, on sait qu’on se dirige (au grand dam de la N-VA qui prône un mix énergétique avec 2 centrales nucléaires), vers une sortie du nucléaire civil en 2025. Sans véritable plan B puisque chaque début février, les énergies renouvelables sont censées avoir épuisé leur capacité et que les 7 centrales au gaz naturel qui devront remplacer les centrales nucléaires ne seront vraisemblablement pas prêtes pour 2025. Or la future loi Climat prône 32% de renouvelable dès 2030.

TROTINETTE ELECTRIQUE

Sur le deuxième point, l’empreinte carbone de l’Union européenne n’est qu’une petite partie du problème et celle de la Belgique est négligeable. Ainsi, des estimations plaçaient l’UE en 2015 à 4.399 millions de Teq CO2 (tonnes équivalent CO2). Les 8 autres plus gros émetteurs étaient : la Chine, 10.975 ; les Etats-Unis, 6.234 ; l’Inde 3.013 ; la Russie, 2.322 ; le Brésil, 1.012 ; le Japon 1.344 et 700 environ pour l’Iran et l’Indonésie.  L’UE est donc responsable (si l’on ne compte que ces grandes puissances carbones) d’un dixième des émissions environ. La Belgique est, par rapport à ces pays, responsable de 0,2 pourcent des émissions (104 Teq C02 et 11 Teq CO2/habitant).

On peut également utiliser une trottinette électrique (ou ses jambes) mais il faut garder à l’œil que seulement 90 entreprises (Chevron, Exxon Mobile, Gazprom, etc.) étaient responsables en 2013 de 2/3 des émissions.

Sur le troisième point, la présidence de l’Open-VLD, qui rejette la proposition des universitaires, souhaite « ne pas perdre du temps avec la création de davantage d'institutions publiques ou même par la réanimation du Sénat ». Gwendoline Rutten a twitté : « Respecter les accords sur le climat? Oui. Avec des mesures qui fonctionnent, un businessmodel (modèle d'affaires) qui fait que tout le monde peut y participer (avec) plus d'innovation et de science. Via le Sénat. Non. Avec une nouvelle institution? Svp réduisez (le rôle de) l'Etat. La proposition de Groen = trop d'Etat. Moins de paroles. Davantage d'actes »

On a bien lu : dans le nord du pays, on veut plus d’innovation et de science.

Cette loi Climat dans laquelle s’est engouffré l’ensemble des partis francophones porte en elle décidément un énième clivage nord-sud…

image Rédaction InfoBelge

RÉDACTION INFOBELGE
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