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Société

Visagate : Francken a-t-il avantagé les Chrétiens?

En marge de l’affaire que l’ « opposition » appelle déjà visagate, soit le couloir humanitaire créé par l’ancien secrétaire d’Etat à l’Asile, Theo Francken, avec un intermédiaire proche de la N-VA, se pose la question de savoir si un pays européen peut avantager des réfugiés ou des migrants sur base de l’orientation religieuse. Autrement dit, l’Europe chrétienne et post-chrétienne peut-elle avantager les Chrétiens d’Orient ? Au nom de la vulnérabilité, oui. Au nom de l’appartenance religieuse, l’universalisme qui fonde notre continent s’y oppose. 

 

Revenons sur les faits qui agitent encore une fois cette semaine la Commission de l’Intérieur de la Chambre et qui servent de toile de fond à notre réflexion.

Le 14 septembre 2018, une collaboratrice du cabinet du secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration Theo Francken, a envoyé un mail au consulat général à Beyrouth pour lui demander de recevoir un certain Melikan Kucam. L’homme est conseiller communal N-VA à Malines. Il se présente comme représentant du cabinet Francken pour l’accompagnement d’un groupe de chrétiens syriens censés recevoir un visa humanitaire pour la Belgique.

Le conseiller communal est venu accompagné de son fils (les deux hommes sont depuis lors soupçonnés de trafic d'êtres humains et ont été mis en détention préventive. Theo Francken fait également l’objet d’une enquête).

SCREENING LIMITE

Le consulat général de Belgique à Beyrouth accorde à ces Syriens guidés par M. Kucam les documents pour venir en Belgique. Le screening est limité puisqu’ils sont censés être approuvés par l’Office des étrangers et ont reçu l’aval du cabinet de l’Asile. Les documents sont distribués sur le trottoir, comme le montre un reportage de la VRT.

En 2017 et 2018, d’autres opérations sont menées de ce type notamment via la fondation catholique Sant’Egidio pour 150 Syriens via Le Liban mais aussi la Turquie.

Dès le départ, il semble que Theo Francken, estimant qu’il y a déjà beaucoup de musulmans dans nos structures d’accueil pour demandeurs d’asile, veuille donner la priorité à des Chrétiens d’autant qu’ils bénéficient d’un plus large soutien populaire en Flandre.

A la Chambre, on a reproché à Theo Francken son clientélisme : beaucoup de réfugiés auraient transité vers la Belgique pendant les mois de mai et juin 2018 soit pendant les élections communales. Dans un courriel, l’Union belge des chrétiens syriaques a averti Dallemagne que le but ne doit pas être de vider l’Orient de ses chrétiens. Plusieurs villes d’Irak réellement mises à sac par l’Etat islamique en 2015 notamment n’ont pas bénéficié du même traitement de faveur. D’autres députés reprochent au gouvernement belge sortant de n’avoir pas fait aussi grand cas de la minorité chrétienne yézidie…

On reproche en gros à M. Francken d’avoir organisé, dans un certain chaos, des couloirs humanitaires à sa seule discrétion.

Répondant aux questions des députés ce mercredi à la commission de l’Intérieur (qui s’est presque muée en commission d’enquête), Theo Francken a répété ce qu’il avait dit mardi : dans le cadre de l'octroi de visas pour des personnes issues de zones de conflit, « il n'y a pas eu de traitement préférentiel. Tout a été fait correctement. Aucune liste spéciale n’a existé. Il n’était pas possible de créer ce type de couloir humanitaire avec le HCR de l’ONU qui n’est pas actif en Syrie. » Il a rappelé l’effort particulier, vu leur vulnérabilité, fait pour les Chrétiens d’Alep tirés des griffes de l’EI alors que l’ONU ne peut avantager les Chrétiens. Vu la difficulté de ceux-ci d’arriver en Belgique, ce sauvetage restreint s’imposait.

En l’absence d’ambassade de Belgique en Syrie, la filière Kucam était le meilleur moyen de procéder. La région est livrée au chaos. Les personnes ayant transité par M. Kucam étaient des personnes vulnérables. Francken n’a jamais eu vent d’un courrier faisant état du fait qu’on vide l’Orient et certains villes d’Irak des leurs Chrétiens. Sous le coup d’une enquête judiciaire, l’ancien secrétaire d’Etat N-VA ne regrette rien et assume à 100% sa politique même si elle est améliorable et même si les éléments découlant de l'enquête au sujet du conseiller communal N-VA de Malines Melikan Kucam - sont avérés, ce serait ‘impardonnable’. »

POLITIQUE DISCRETIONNAIRE

Au coeur de l'affaire se trouve la capacité du gouvernement à mener une politique discrétionnaire en matière de délivrance de visas humanitaires. Au parlement, le député Open-VLD Dewael, ancien secrétaire d’Etat à l’Asile, tient beaucoup au maintien du système de visas humanitaires qui est tout à l’honneur de la Belgique.

Au-delà de cette affaire se pose la question de savoir si notre pays et les Etats européens peuvent mettre en place à la discrétion des autorités des couloirs avantageant les Chrétiens au détriment de migrants d’autres religions (l’Islam étant la plus représentée parmi les migrants et demandeurs d’asile).

Si le premier ministre hongrois Viktor Orban a répondu clairement oui à cette question, qu’en est-il des pays européens de l’Ouest comme la Belgique ?

On le voit avec l’affaire des visagates : l’universalisme contenu dans les conventions des droits de l’homme auxquelles la Belgique a souscrit nous en empêche. Seul le critère de la « vulnérabilité » peut être utilisé. Ce serait sinon considéré comme de la discrimination. Même la N-VA, on le constate, ne peut se soustraire à cette question philosophique devenue un piège qu’en invoquant l’extrême précarité de ces Chrétiens.

Conclusion : que l’Europe d’origine chrétienne se soit mise dans une situation juridique qui l’empêche d’avantager des chrétiens menacés de mort, au nom d’un principe de non-discrimination véritable dévoiement de l’esprit des Droits de l’homme, est en soit une vraie question dont devrait se saisir le Parlement européen après les élections européennes de mai prochain.

image Rédaction InfoBelge

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