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Belgique

Musée juif : un procès entaché par une plaidoirie détestable

A la manière de Jacques Verges et ses plaidoieries « de rupture », notamment celle du nazi Klaus Barbie, les avocats de Mehdi Nemmouche, Sébastien Courtoy et Henri Laquay, ont choisi, ces dernières semaines à la Cour d’Assises de Bruxelles, un système de défense abracadabrantesque. Mehdi Nemmouche aurait été manipulé afin de tuer, non pas deux touristes,  mais des agents du Mossad. Avocat de Dieudonné, iconoclaste viscéral, Me Sébastien Courtoy n’a pas servi l’image de l’avocature bruxelloise. En semant le doute sur les vrais mobiles de Mehdi Nemmouche il a aussi jeté le doute sur le caractère antisémite de l’attentat du Musée juif.

C’est vraisemblablement Tarik Ramadan qui est à l’origine du système de défense des avocats de Mehdi Nemmouche. Trois jours après les meurtres du Musée juif, le 27 mai 2014, l’intellectuel suisse musulman, entre-temps poursuivi pour viols, suggèrerait que les époux Riva, assassinés lors de l’attentat, puissent être en réalité des agents secrets israéliens. A propos de Miriam Riva, une des victimes, ayant travaillé un temps à la comptabilité du Mossad, le Pr Ramadan écrivait : « S’agit-il d’antisémitisme ou de manœuvres de diversion quant aux vrais motifs et aux exécutants ? »

Hypothèse hautement fantaisiste

Mes Sébastien Courtoy et Henri Laquay, ont en effet construit tout leur système de défense sur cette hypothèse hautement fantaisiste mais qui ne manquera pas de convaincre une partie de la population et la majorité sans doute de la composante musulmane belge et française.

Me Jacques Vergès, lorsqu’il défendait des terroristes ou les anciens nazis, ne pratiquait pas autrement. L’inventeur du « procès de rupture » avait l’habitude de botter en touche en ridiculisant la Défense mais aussi le système même de la Cour d’Assises et les institutions. En 1987, lors du procès de Klaus Barbie (accusé de la rafle d’Izieu  le 6 avril 1944, où 52 enfants et sept adultes furent envoyés au camp d'extermination d'Auschwitz), Vergès ne tentera pas de prouver l’innocence de son client. Il se contentera d’accuser le tribunal de procès truqué. Il fera le procès de la Résistance, de la dénonciation de Jean Moulin, de la France collaborationniste. Il estimera que la France colonialiste qui a torturé pendant la Guerre d’Algérie, n’est pas en position de juger Barbie.

Une manière de se starifier sans égard pour ses clients car ce système de défense est en réalité inefficace.

Ces dernières semaines, c’est, toute proportion gardée, ce à quoi on a assisté avec les arguments avancés par Mes Courtoy et Laquay lors des audiences de l’attentat du Musée juif de Bruxelles.

Au lieu d’évoquer l’enfance difficile de ce fils de Harki, plaider les circonstances atténuantes eu égard à l’enfance malheureuse de Nemmouche, Me Sébastien Courtoy a étayé une théorie du complot : son client aurait été piégé par un groupuscule travaillant peu ou prou pour les services secrets iraniens qui voulaient se débarrasser de deux agents du Mossad, les époux Riva assassinés lors de l’attaque du Musée juif.

 

Imaginant des rencontres fantaisistes entre ce couple et des agents secrets dans leur hôtel, Me Courtoy justifie sa thèse en évoquant diverses « évidences » : pas de revendication immédiate de l’Etat islamique (contrairement à l’habitude), pas de référence antisémite dans la vidéo du tueur présumé, etc.  Tous indices qui font croire à une élimination ciblée des victimes dans le cadre d’une affaire de contre-espionnage.

 

Réputation détruite

 

Pour étayer ses thèses, l’avocat détruit la réputation d’Emmanuel et Miriam Riva, le couple d’Israéliens tués au musée juif : ce sont des agents du Mossad assassinés en lien avec leur activité d’espionnage. Ils étaient bien, dit-il, basés à Berlin pour étudier les mouvements shiites. Or l’autre victime, Alexandre Strens, a un père fiché pour activités pro-shiites.

 

Vous en doutez ? L’appareil photo du couple ne contient qu’un cliché du Manneken-Pis. Les époux Riva auraient eu plusieurs rendez-vous, Alexandre Strens participait à des groupes pro-sionistes sur Facebook, Nemmouche n’a pas utilisé le Wi-Fi le jour même de son arrivée dans l’appartement de Molenbeek, il est arrivé avec un sac de couchage sous le bras, etc.

 

Nemmouche a donc été piégé. Il n’est pas coupable. Il faut l’acquitter.

 

Aucune preuve

 

Me Vincent Bodson, qui défend la mémoire des Riva, a retenu que la Défense n’apporte aucune preuve. « On salit la mémoire des victimes, on leur a déjà volé leur deuil et on recommence une nouvelle fois. Absolument rien n'a été présenté ». Pour Me Masset, avocats du Musée juif, « ce sont de pures hypothèse », « rien n’est fondé ».

 

A la manière de Vergès, Me Courtoy critique ses confrères, le monde judiciaire dans son ensemble, la sincérité des témoins, notamment les journalistes dont Nemmouche fut le geôlier en Syrie, le système…

 

Quelle mentalité se cache derrière ce procès de rupture, insensé et contre-productif (puisque Nemmouche se retrouve accusé d’assassinat et risque la perpétuité) ?

 

Rappelons que les avocats de Nemmouche sont aussi ceux de Dieudonné, « titulaires à ce titre d’une « quenelle d’or » », comme le montre une photo reproduite par Le Point (28/02/2019) dont l’enquêteur, l’écrivain Marc Weitzmann, rappelle que Sébastien Courtoy a démarré aux côtés de Me Michel Graindorge.

 

Au Suisse, le snack proche du Palais de Justice de Bruxelles, Me Courtoy se confie à l’écrivain : « Le cheikh Ayachi est sympa (au sujet de Bassam Ayachi, l’un de ses clients, accusé en 2008 de trafic d’êtres humains et de participation à une organisation terroriste, arrêté par la police française en 2018). Très sympa ! Il m’a invité chez lui à manger un couscous. Y avait des gonzesses partout, très jolies, elles venaient nous servir et nous débarrasser… Je sais pas vous, mais moi ça me convient parfaitement comme schéma culturel d’organisation de la famille. Je préfère ça à la pétasse bruxelloise pleine de revendications. La PMA et j’en passe, et vas-y que je t’avorte, toutes ces horreurs… C’est une grande libération pour la femme de buter un enfant à naître ? Je ne crois pas. Le cheikh m’avait proposé de me convertir, il m’avait dit : “Tu peux avoir plusieurs femmes.” Très tentant, hein ? Mais la religion, non. Pas mon truc. » 

 

Défense de Daniel Féret

Selon Weitzmann, « Courtoy est également très opposé au mariage gay et traîne avec lui une tenace réputation d’antisémitisme ». Il a notamment fait acquitter Marguerite Biermann, une ancienne magistrate grand-ducale, accusée d’injures raciales envers les Juifs. Il commenta l’acquittement en rappelant les activités d’un lobby de la communauté israélite.

« Quand Dieudonné est venu à Bruxelles, raconte Courtoy à Weytzmann, il s’est pris la Gestapo dans la gueule. J’ai fait une défense décomplexée et ça a rendu folles les ligues de vertu genre CRIF, quoi. Alors après, bien sûr, tu te fais traiter d’antisémite. »

A son tour, Dieudonné a présenté Me Courtoy à Me Henri Laquay qui a défendu Daniel Féret, le président du Front national belge.

Toujours interrogé par Le Point, Sébastien Courtoy semble s’en ficher comme d’une guigne. « Moi, qu’ils soient d’extrême gauche, d’extrême droite ou d’ailleurs, tous les mecs qui ont envie de renverser le pouvoir, je suis pour. Comme on dit, c’est le pays légal contre le pays réel. Le pays légal, c’est vous, les sceptiques, le pays réel, c’est le peuple. » 

Bref, un avocat populiste sans complexe et sans éthique prêt à utiliser tous les arguments pour arriver à ses fins au risque d’apparaître comme un antisémite.

 

image Rédaction InfoBelge

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