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Opinion

MR : des paroles à droite et des actes à gauche ?

Il y a les paroles, souvent viriles, prononcées à la télévision ou dans les meetings. Et il y a les actes de l’on pose, les votes au parlement et les alliances. Ces derniers temps, par idéologie ou par stratégie, le MR a presque toujours opté pour le choix de la gauche.

 

Didier Reynders : « En Flandre, le MR serait vu comme un parti de centre gauche. »

Il y a d’abord cet aveu de Didier Reynders dans les colonnes de la Dernière Heure : « En Flandre, le MR serait vu comme un parti de centre-gauche. » Les programmes des libéraux hollandais (VVD) et allemands (FDF) sont beaucoup plus à droite sur l’immigration ou l’économie libérale que celui du MR. Ils sont aussi beaucoup plus attachés à l’équilibre budgétaire, que seule la N-VA réclamait avec force. A l’exception d’Alain Destexhe, qui a depuis quitté le MR, le Pacte de Marrakech a fait l’objet d’un consensus au sein du MR, alors qu’aux Pays Bas, plusieurs personnalités libérales dont l’ancien commissaire européen Frits Bolkenstein s’y opposait, de même que les Républicains (ex-UMP) en France. Du côté francophone du pays, le consensus était total du PTB au MR pour signer ce pacte. Plus troublant encore fut l’appel de Charles Michel au PS et à Ecolo au parlement fédéral en décembre 2018 après le départ de la N-VA, et celui de Willy Borsus aux mêmes partis après le départ de Patricia Potigny qui privait la coalition MR-cdH de sa majorité en Wallonie. Les Listes Destexhe avaient beau faire savoir qu’elles voteraient sans émettre aucune condition les texte de la majorité, les dirigeants du MR préféraient s’en remettre au PS et à Ecolo pour « trouver des solutions » au blocage du parlement, et ainsi renoncer à des textes que la veille encore ils estimaient « indispensables ». Enfin, la récente arrivée du journaliste Michel De Maegd à une place éligible sur la liste bruxelloise fédérale est un signe révélateur, lui qui se définit comme « un gauchiste de droite au cœur à gauche ».  

Sortie du nucléaire, Pacte de Marrakech, Loi Climat, etc. : le MR vote comme le PS, Ecolo et le PTB

Le MR a soutenu et voté comme le PS, Ecolo et le PTB le Pacte de Marrakech, la sortie du nucléaire pour 2025, la « loi climat », mais aussi plusieurs résolutions au Parlement bruxellois comme par exemple un texte (co-signé par le MR)  sur « la restitution des biens culturels issus de la période coloniale » qui demande au gouvernement fédéral de Charles Michel de rédiger « des lignes de conduite ‘décolonisation’ pour les acteurs qui souhaitent organiser un processus de décolonisation culturelle de leur organisation ». Le ridicule ne tue plus depuis longtemps. Au Parlement bruxellois toujours, après avoir – selon nos sources - hésité à la soutenir, le groupe MR s’est abstenu sur une proposition visant à effectuer des « tests de situation » avec des « clients mystère » afin de piéger les propriétaires pour vérifier qu’ils ne discriminent pas leurs candidats locataires. Une inadmissible atteinte au droit à la propriété, et une entrave au droit du propriétaire de choisir son locataire.

A propos de la « loi climat », le MR s’est montré plus climato-extrémiste que n’importe quel parti socialiste européen. Le MR co-signe une proposition avec le PTB, le PS, le cdH et Ecolo, écrite par des experts dont certains ont un passé politique. A nouveau, un beau consensus francophone ! Du côté flamand, la N-VA, l’Open-VLD, et le CD&V refusent de le faire. Lorsque le texte est déclaré anticonstitutionnel, le MR, dont tous les textes fondateurs insistent sur le respect de l’Etat de droit, s’entête à le soutenir pour ne pas déplaire aux jeunes marcheurs du climat. Il est vrai que les statuts, les règles, le droit, on s’assied dessus au MR, lorsqu’il s’agit de prolonger en violation des statuts le mandat d’Olivier Chastel (qui se terminait en décembre 2018), puis de propulser « Charles » président, sans élection. Un des objectifs majeurs de la « loi climat » est de réduire les émissions de gaz à effet de serre « d’au moins 95% en 2050 par rapport au niveau de 1990 » ce qui obligerait selon Thierry Afschrift, professeur à l’Université Libre de Bruxelles et libéral revendiqué, de prendre des mesures coercitives et privatives de liberté telles que l’interdiction de la vente de véhicules neufs ou encore l’interdiction de toute construction neuve de plus de 30 m2. Selon le professeur, « Le système ainsi proposé est de type soviétique et ce sans exagération. Il implique une collectivisation complète de l’économie et de la vie des gens et il n’est possible de le mettre en œuvre que dans le cadre d’un régime autoritaire. »[1]

Immigration, Islam ? Circulez, il n’y a rien à débattre

Abordons la question migratoire. Louis Michel et Didier Reynders étaient dans le gouvernement qui, en 1999-2000, a assoupli le regroupement familial, voter le « Belg-snel-weg - devenir Belge après 3 ans de séjour - et régularisé des centaines de milliers de clandestins. Avec les conséquences que l’on connaît aujourd’hui : une immigration hors de contrôle, « Molenbeek », et le pays le plus touché par le salafisme et djihadisme. Ironiquement, des passages entiers du livre d’Alain Destexhe (« Immigration et intégration : avant qu’il ne soit trop tard ») se retrouvent dans le programme du MR de 2019, preuve sans doute que ce parti était conscient qu’il y avait encore des électeurs de droite. Mais, dans les tracts électoraux distribués à Bruxelles, l’immigration et l’intégration ne figurent pas dans les 10 priorités mises en avant, et les principaux candidats font très peu, voire pas du tout, campagne sur ces sujets. En réalité, le MR est mal à l’aise sur ce propos : depuis la mort de Jean Gol en 1995 - cela fait quand même 24 ans -  aucun congrès du MR n’a été consacré à cette problématique alors que le pays a accueilli plus d’un million d’immigrés en 20 ans et que l’intégration est globalement un échec à Bruxelles. Quoi qu’il en soit, la parole du MR a-t-elle encore une quelconque valeur sur les sujets de l’immigration et l’intégration quand on sait que le Pacte de Marrakech a comme objectifs d’assouplir les règles en matière de regroupement familial, de permettre au nouvel arrivant d’appliquer ses spécificités culturelles, d’instaurer un « droit » subjectif à la régularisation, etc. ? En effet, le Pacte est un plan d’action pour l’avenir que le gouvernement belge s’est engagé – le terme figure dans le texte – à appliquer.

Sur la question de l’Islam, Richard Miller, la plume du parti, l’auteur de son Manifeste, a co-signé une résolution sur la lutte contre l’islamophobie – un concept inventé pour assimiler la critique de l’Islam à du racisme comme l’a brillamment démontré le philosophe français Pascal Bruckner dans son ouvrage Un racisme imaginaire, islamophobie et culpabilité -  avec… Zakia Khattabi (Ecolo) et Ahmed Laaouej (PS). La résolution ne demandait rien de moins que de « reconnaître le danger lié à une islamophobie croissante, d’accorder plus d’attention à l’élaboration d’une image correcte de l’Islam et des musulmans, de surveiller toute sorte d’islamophobie, etc. ». Jean Gol a dû se retourner dans sa tombe… pour l’énième fois. Candidat au Conseil de l’Europe, une institution pro-migration, laxiste sur le terrorisme et ne voyant que des avantages à la société multiculturelle, Didier Reynders, qui détient le record de Belgique et sans doute d’Europe de la longévité ministérielle, se garde depuis des années de prendre position sur ces thèmes « sensibles » qui pourraient gêner ses ambitions européennes.

Françoise Schepmans permet au système Moureaux de se perpétuer

Pendant 12 ans comme première échevine de Philippe Moureaux, Françoise Schepmans a fermé les yeux sur la dérive islamiste de Molenbeek-Saint-Jean qui vaut à cette commune d’être aujourd’hui tristement célèbre dans le monde entier. Elle a tout avalé et voté : les écoles coraniques admises au sein des écoles officielles, les financements à des ASBL islamistes, le clientélisme et le communautarisme. En 2012, elle est devenue la Bourgmestre, non grâce à un succès électoral, mais par la vengeance de Joëlle Milquet évincée de la majorité à Bruxelles-Ville, ce qui a opéré un renversement d’alliance à Molenbeek-Saint-Jean.

Malgré une grande visibilité nationale et internationale, Françoise Schepmans n’a pas réussi à convaincre, et Catherine Moureaux a gagné les dernières élections communales. Lorsqu’il s’est avéré que le PTB ne voulait pas se joindre à celle-ci, Catherine Moureaux n’avait pas d’autre choix pour avoir une majorité stable que de faire une alliance avec le MR. Françoise Schepmans était donc en position de force et pouvait imposer toutes ses conditions, y compris celle d’obtenir le mayorat. Mais elle n’a pas profité de cette position de force et a tout concédé, juste trop heureuse de « monter dans la majorité » avec le PS, l’allié des premières heures. Pourtant Molenbeek-Saint-Jean concerne tous les Belges, et ceux-ci ne voulaient certainement pas que le MR permette au système Moureaux, qui a semé les germes du terrorisme, de se perpétuer avec sa complicité. Charles Michel n’a pas jugé utile de dire : « Pas ça, pas avec elle. ».

A Bruxelles, presque la totalité des premiers de liste sont désormais clairement sur une sensibilité politique bien éloignée de celle d’un Jean Gol, d’un François-Xavier de Donnea, d’un Armand De Decker ou d’un Jacques Simonet. C’est plutôt « la sensibilité Christine Defraigne » qui est privilégiée et suivie aujourd’hui. On le constate, au MR, les actes contredisent souvent les paroles. Le tropisme à gauche, les alliances à gauche, c’est devenu le plan A.

Des paroles suivies d’actes : redonner de l’espoir à la droite

L’électeur de droite ne peut pas être l’éternel cocu. Il n’est pas normal que les électeurs qui votent à gauche soient souvent représentés par des politiques qui assument leurs convictions sans rougir, et que les représentants des électeurs de droite marchent à pas feutrés en s’excusant d’être là. Enseignement, politique écologique, gestion et dépenses publiques, sécurité, justice, immigration, Islam, identité, fiscalité, histoire coloniale de la Belgique : sur tous ces thèmes, la droite francophone s’est progressivement agenouillée devant les codes de respectabilité de la gauche, jusqu’à en finir par renoncer à elle-même. Dans les parlements et gouvernements belges, il est temps que la droite francophone relève la tête, sorte de l’ombre et soit fière d’elle-même. Il est temps qu’elle gagne la bataille des idées, et qu’elle transforme celles-ci en actes avec courage.

 

 




[1] Thierry Afschrift, Les pièges de la loi climat, 28 février 2019 dans Trends-Tendances

AYMERIC DE LAMOTTE, CONSEILLER COMMUNAL À WOLUWE-SAINT-PIERRE ET AVOCAT